10/07/2006 Par FREDERIC WARINGUEZ
De Sports.fr, à Berlin Les vétérans n'ont donc pas eu droit à la sortie magique qu'ils avaient réussi à rendre possible contre toute attente. Les Bleus ont buté sur le dernier obstacle, de la façon la plus cruelle qui soit, aux tirs au but. Zinedine Zidane, Lilian Thuram, Fabien Barthez, Claude Makelele, soit 366 sélections à eux quatre, ont mis un terme à leur carrière internationale à Berlin. Quatre piliers de ces Bleus de l'été 2006 qui vont laisser un sacré vide pour les échéances à venir.
Thuram, inconsolable...
Lilian Thuram est en larmes. Inconsolable. Claude Makelele s'est isolé, avant d'être rejoint par Raymond Domenech. Fabien Barthez s'est accroupi contre le montant droit de sa cage. Il vient d'encaisser cinq tirs au but, impuissant. Il a le regard fixe, vide. Bientôt Bruno Martini, celui qui a été son confident tout au long de la compétition, s'approche de lui. Zinedine Zidane, lui, n'assiste pas à cette scène de désolation. Il a dû quitter la pelouse à la 110e minute du match, sanctionné d'un carton rouge. Après avoir abandonné son brassard de capitaine à Barthez, Zizou a gagné tête basse les vestiaires où il s'est réfugié, seul. Nul ne sait ce qui lui a alors traversé l'esprit, comment il a pu vivre ce moment douloureux et tellement injuste même si son geste méritait sanction. Zidane, dont c'était la dernière apparition comme joueur professionnel, n'est même pas revenu sur la pelouse pour récupérer sa médaille d'argent. Trop de colère, trop de tristesse...
Après les larmes de joie qui avaient suivi la qualification pour la finale aux dépens du Portugal, Lilian Thuram a été assailli, cette fois, par une peine incontrôlable, dimanche soir sur la pelouse de l'Olympiastadion de Berlin. Sa tristesse est immense. L'image est à peine soutenable. Djibril Cissé, présent à Berlin pour l'occasion et qui traverse lui aussi un moment très difficile depuis sa blessure qui l'a privé de Coupe du monde, s'approche en boitant avec sa béquille. Il ne peut que serrer son frère d'armes dans ses bras. Il n'a pas de mots. A quoi bon...
L'avenir incertain de Thuram
Difficile de savoir si le recordman des sélections en bleu (121 après ce match) pleure seulement sur cette finale perdue, sur cette deuxième étoile échappée d'un rien. Celui qui passe pour un sage dans le groupe tricolore et qui affichait ces derniers jours une sérénité inébranlable, semble évacuer également un trop-plein de pression. Peut-être pleure-t-il sur sa jeunesse évanouie. A 34 ans, le Guadeloupéen qui louait récemment l'amalgame de l'équipe de France entre jeunes et plus anciens et l'esprit de sacrifice qui lui a permis d'atteindre la finale, sait en effet qu'il ne portera plus ce maillot qui l'a fait si grand. Peut-être même se demandait-il si sa carrière allait se poursuivre alors que son club, la Juventus Turin, devrait être prochainement rétrogradé en Serie B, voire C... C'est dur de perdre, dira-t-il seulement après coup avant d'expliquer ne rien savoir de son avenir.
Symbole de cette génération dorée, née à l'Euro 1996 et épanouie par le magnifique doublé 1998-2000, "Tutu" a vu son dernier rêve s'évanouir alors qu'il était à portée de main. Avec les Bleus, il aura tout gagné mais aussi connu la désillusion en 2002 puis l'écoeurement en 2004 qui allait le conduire à se retirer. Une première retraite dont il allait finalement sortir contre son gré pour un dernier défi. Un come-back pour le moins osé qui allait pourtant participer grandement à la résurrection inespérée des Bleus avec, finalement, l'épilogue que l'on sait. Thuram s'en va et passe le relais en souhaitant bon vent aux Bleus. "J'espère que la France va continuer sur cette lancée...", dit-il.
Barthez n'a pas pu changer le cours du destin.
Fabien Barthez, lui, ne montre rien. Sa tristesse est profonde mais il la garde pour lui de la même façon qu'il demeure tout en retenue dans les moments de bonheur. L'inamovible gardien tricolore, qui avait tenu la barre même après l'Euro portugais, deuxième échec consécutif d'une équipe de France alors en perdition, avait accueilli avec soulagement le retour en bleu à l'été 2005, des vieux grognards Zidane, Thuram et Makelele. C'est sans doute en grande partie grâce à l'influence de ces derniers qu'il avait d'ailleurs gardé son statut de titulaire malgré la concurrence de Grégory Coupet. Dimanche, à la sortie du stade, Barthez ne desserrait pas les mâchoires. Lundi, l'aventure allemande achevée, de retour en France, il se prêtera, de son air détaché, aux cérémonies prévues à l'Elysée puis il retrouvera discrètement les siens. Il sera temps alors de réfléchir à la suite à donner à sa carrière, lui qui se trouve actuellement sans club.
Le destin de Zidane
Son club, Claude Makelele pourra, lui, s'y consacrer pleinement. A Chelsea, José Mourinho le considère à juste titre comme une pièce maîtresse de son dispositif. Mais Makelele y reviendra avec une cicatrice, celle de n'avoir pas réussi à décrocher son premier titre en bleu alors qu'il n'était pas de l'aventure, ni en 1998, ni en 2000. Sa chance est passée. Un échec qu'il ressentira comme un vide sans doute longtemps. Essentiel à l'équipe de France, Makelele aura formé avec son compère Patrick Vieira, une tenaille redoutable, tout au long de la compétition. En finale, quand Vieira l'a quitté sur blessure, on a alors vu un Makelele redoubler d'efforts pour colmater les brèches. Infatigable à la récupération, Makelele était partout et s'appliquait à mettre la balle au sol avant de redistribuer le jeu vers l'avant. Un match d'une très grande qualité qui passera malheureusement aux oubliettes alors qu'il en aurait certainement été un héros en cas de victoire...
Et puis il y a Zidane. Sans doute le plus malheureux de la bande des quatre. Sa carrière aurait pu s'arrêter net, sans lui, lors du match face au Togo. Il n'en a rien été. De retour aux affaires, il s'était lui-même offert du rab, face à l'Espagne en parachevant la victoire d'un but, puis face au Brésil où il avait été lumineux et enfin face au Portugal contre qui il a marqué, sur penalty, le but de la qualification. Contre l'Italie, en finale, buteur une troisième fois, la dernière fois, Zizou a finalement craqué. Sous la pression, il n'a pas su résister aux provocations et aux insultes de Materazzi. Sa réaction, idiote, a mis un terme brutal à sa carrière. Dix minutes avant ce qu'il avait prévu. C'était sans doute son destin.
De Zidane, Thuram et Makelele, les revenants de l'été 2005, Raymond Domenech avait dit il y a quelques jours, une fois la qualification pour la finale en poche, qu'ils n'avaient pas mérité d'en finir avec leur carrière internationale sur l'échec de l'Euro contre la Grèce. Le sélectionneur n'avait pas imaginé pareille issue à cette finale de Coupe du monde. Car Zidane, Thuram et Makelele, pas plus que Barthez, ne méritaient ça, dimanche, à Berlin.